Cary Fukunaga signe le premier long-métrage produit par NetflixBeasts of no Nation. Distribué uniquement sur le site américain, ce film ne sera pas disponible en salle. Et pourtant, il se rapproche du chef d’oeuvre.

Agu est un jeune adolescent. Il vit dans un pays africain non nommé (sûrement le Sierra Leone ou le Liberia). Un coup d’état est orchestré. Des rebelles affrontent des forces gouvernementales. Agu habite dans une zone-tampon, protégée par des soldats nigérians de l’ONU. Mais les forces gouvernementales font une percée et arrivent dans la zone-tampon. Ceux qui peuvent fuir, dont la mère et la sœur d’Agu, fuient vers la capitale. Les autres restent. Le père et le frère d’Agu sont tués. Lui fuit. Il tombe dans les mains des rebelles qui font de lui un enfant-soldat. Finie l’enfance, le voici aux ordres du Commandant. Voici le synopsis de Beasts of no Nation, le film qui pourrait tout rafler aux Oscars et que vous louperez peut-être sauf si vous vous abonnez chez Netflix.

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Loueur de DVD, puis créateur de séries, Netflix s’attaque maintenant aux longs-métrage avec Beasts of no Nation. Et non satisfaite d’accumuler les récompenses avec House of Cards, la firme américaine veut en faire de même avec les films. Et ça pourrait bien commencer avec celui-ci. Cary Fukunaga (saison 1 de True Detective) derrière la caméra, et également à la photographie (magnifique par ailleurs). Le scénario ? Une adaptation du roman du même nom de l’américain d’origine nigérianne Uzodinma Iweala. La distribution ? Un certain Idriss Elba et des jeunes inconnus talentueux, participant là à leur premier film. 2h17 de cinéma vrai.

 

Deux personnages principaux superbes 

Durant cinq semaines, le réalisateur américain a emmené son équipe de tournage au coeur de la forêt ghanéenne, durant la saison des moussons. Au coeur des inondations, au plus près des risques (des membres de l’équipe menacés), au contact de la maladie (le réalisateur a attrapé le paludisme)… De quoi souder une équipe technique réduite. C’est de ces conditions que le film tire sa vérité, ce petit plus qui fait qu’il est un chef d’oeuvre. Le personnage principal, interprété par un splendide Abraham Attah (prix Marcelo Mastroianni à la Mostra de Venise) dans le rôle d’Agu ; le second rôle d’Idriss Elba, imprégné de son personnage, un Commandant respecté de tous ; le parti-pris de faire parler Agu par ses prières et ses pensées ; tout ceci y participe également.

08210406-photo-beasts-of-no-nationFukunaga laisse par ci, par là des indices, des piques comme cet homme d’affaire chinois au milieu des combattants, symptomatique du rôle des grandes puissances, comme ce photographe qui prend une photo à la volée escorté par l’ONU, comme cette même organisation qui manque à son rôle. Le viol, l’incitation à la haine, l’inhumanité, la guerre en quelque sorte est la toile de fond du film. Mais c’est surtout le personnage d’Agu, un enfant parmi d’autres, qui quitte son insouciance pour devenir ce qu’il se décrit, à savoir une bête. Il a tué, volontairement ou non. Comme il l’a dit, il connaît l’odeur de la mort. Il l’a vu de près, il y a participé, il ne l’oubliera jamais. Et même si la fin laisse une once d’espoir (ainsi que cette volonté de toujours chanter), Beasts of no Nation ne s’écarte pas de son message principal et nous montre d’une façon sublime l’horreur de la guerre qui se déroule encore en ce moment. Peut-être un petit clin d’œil au conflit en RDC, le plus meurtrier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (huit millions de morts)… Rendez-vous aux Oscars.

 

Beats of no Nation est disponible depuis le 16 octobre uniquement sur le service de vidéo à la demande par abonnement Netflix

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