Lors de la sélection du Qatar comme organisateur de la Coupe du monde de football en 2022, le pays présentait un projet pharaonique à la hauteur des bâtiments de sa capitale, Doha. Selon le cabinet Deloitte, le Qatar devait investir 200 milliards de dollars pendant dix ans pour ce projet. Pourtant, les dépenses du Brésil pour cette manifestation atteignaient seulement 15 milliards.

 Un mondial oui… mais à quel prix ?

Derrière ce mirage, les conditions des ouvriers sont inhumaines. Mais tout cela n’est pas une surprise :  la législation qatarie vis-a-vis des travailleurs étrangers n’est pas totalement inconnue à la FIFA. En effet, tout ressortissant étranger doit avoir un kafala (une sorte de sponsor), c’est-a-dire un partenaire qatari qui vous permet d’accéder aux marchés réservés aux locaux, dans un pays où résident plus de 80% d’étrangers. Ce parrain doit posséder, au minimum 51% de l’entreprise et perçoit des indemnités. Mais son pouvoir ne se confine pas seulement au domaine professionnel : le ressortissant doit donner son passeport à son kafala. Sans lui impossible d’ouvrir un compte en banque, acheter une maison… Ce système a donné lieu à plusieurs incidents diplomatiques : plusieurs Français ont déjà été retenus de force au Qatar par leurs parrains (dont certains font partie de la famille royale). Zahir Belounis, footballeur recruté en France pour jouer au Qatar, n’avait pas été payé pendant deux ans. Lorsqu’il porta plainte contre son club, il lui fut interdit de quitter le pays.

Affiche du SETca 1

Affiche du SETca 1

Les ouvriers s’occupant du stade et des infrastructures prévues pour accueillir les 400 000 touristes attendus ne dérogent pas à la loi. Ils se voient, eux aussi, privés de leur passeport (86%). Ils se trouvent donc dans l’incapacité de quitter cet « Etat esclavagiste » comme le nomme Sharan Burrow, la secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. Le terme n’est pas exagéré au vu du salaire qui n’est que de 142€ par mois (contre 5 000 € en moyenne pour les travailleurs locaux) avec jusqu’à trente jours de travail par mois dans un pays où une grande partie des locaux ne travaillent pas. Aussi, les migrants sont interdits d’accès aux lieux publics et aux magasins. Jusque là, environ 400 Népalais sont morts sur les chantiers.

Cela s’explique par le fait que les travaux ne s’arrêtent pas durant l’été et que les travailleurs restent sous le soleil environ douze heures par jour. En mai, l’évocation d’un éventuel changement de ces conditions laissait espérer que ces atrocités prendraient fin mais ce ne fut qu’une « occasion manquée » (Amnesty International). Malgré ce salaire misérable, un grand nombre de travailleurs migrants demeurent impayés depuis un an et peinent à se nourrir. Les frais de tribunal étant de 165$, somme qu’ils sont dans l’incapacité de payer, ils restent dans l’incapacité de demander justice. Leur départ est passible de prison ou de déportation.

Alors que le Qatar peinait à justifier les conditions de travail régnant sur les fondations du stade, le Sunday Time a révélé récemment l’existence de 5 millions de dollars versés à la FIFA dans le but d’être sélectionné pour l’organisation de la Coupe du Monde de 2022. Jusqu’à présent la FIFA nie de telles accusations. Avec de tels échos, l’ONG Global Network for Rights and Development a envoyé deux Britanniques sur le terrain afin de juger de la maltraitance des ouvriers. Le 31 août, ils sont arrêtés à Doha, la capitale. D’après le Ministre des Affaires étrangères, ils auraient enfreint des lois qatariennes et les mesures à leur encontre se font dans la plus stricte légalité. Amnesty International estime que leur disparition est alarmante puisqu’il est fort probable qu’ils aient été arrêtés « en raison de leur travail sur les droits de l’homme ».

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Tout cela soulève des interrogations : Le Qatar est-il en mesure d’accueillir la Coupe du monde de football en 2022 ? Qui serait en mesure de le remplacer ?

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