La huitième édition de la Coupe du Monde de rugby débutera dans quelques jours en Angleterre. Tout le monde est impatient de voir les All Blacks remettre leur titre en jeu. Nous attendons tous des joutes d’anthologie entre Anglais, Australiens et Gallois. Pourtant outre ces géants du rugby mondial, plusieurs petites équipes s’invitent à la grande messe du rugby international. Tous les quatre ans nous découvrons des équipes qui accrochent les ogres mondiaux et qui font preuve de courage parfois avec de faibles moyens. Focus.

L’Uruguay, petit poucet

A chaque Coupe du Monde son petit poucet. En 2015 l’équipe d’Uruguay endossera ce rôle en Angleterre. Les Terros prennent part à leur troisième mondial après 1999 et 2003. Pourtant cette participation a été longue à gagner. En terminant deuxième du championnat d’Amérique du Sud en 2013 (derrière l’équipe d’Argentine A qui est l’équipe réserve des Pumas), l’Uruguay disputait deux matchs de barrage contre les Etats-Unis. Les Uruguayens ne s’imposèrent dans aucun des deux matchs, et devaient disputer les barrages de qualification. D’abord vainqueur de Hong-Kong 28-3, los Terros disputaient la finale de barrage face à la Russie ; d’abord défaits 22-21 à Krasnoïarsk, les Uruguayens se sont imposés à Montevideo 36-27 ce qui leur permettait de renouer avec la Coupe du Monde de rugby. Cette qualification est l’aboutissement d’un renouveau dans un pays où il peine à s’implanter (entre 1000 et 1500 joueurs senior). Entamé en 2012 sous la houlette de Pablo Lemoine, le renouveau s’est traduit avec la constitution d’un groupe solide, mais également avec des efforts de l’U.R.U (Uniòn de Rugby del Uruguay) qui a mis sur pied un centre de formation permettant à l’équipe nationale et au staff de celle-ci d’évoluer dans de meilleures conditions. Cependant l’Uruguay part avec un handicap important par rapport à ses concurrents, c’est la seule équipe où les joueurs sont majoritairement amateurs (seulement quatre évoluent dans un championnat pro) : c’est un handicap de taille face à des équipes dont l’effectif est entièrement professionnel. Combiné à un niveau de jeu tout de même faible par rapport aux trois mastodontes de la poule A (Pays de Galles, Angleterre et Australie) les chances des Uruguayens en Angleterre sont infimes. Ils pourront cependant s’appuyer sur le jeu au pied de Felipe Berchesi, ainsi que sur la complicité qui lie ce dernier avec Augustin Ormachea. Bien que ce groupe soit dur, « Nous en sommes conscients » confiait le manager de l’équipe Santiago Slinger à World Rugby, « mais notre but est de donner le meilleur de nous-mêmes, en espérant que les gens adorent ». Pour cela l’ensemble du groupe uruguayen (tous les membres disputeront leur première Coupe du Monde) pourra compter sur Mario Sagario (39 ans et 45 sélections) qui est l’un des cadres de ce groupe. Los Terros pourront également compter sur leur courage pour briller sans forcément gagner.

La Namibie en quête d’un premier succès

La Namibie tentera d’aller chercher un succès historique.

Après trois participations en Coupe du Monde, la Namibie est célèbre pour avoir encaissé un grand nombre de défaites, dont la plus lourde dans l’histoire de la Coupe, 142-0 face à l’Australie. Alors l’objectif namibien cette année est clair : remporter son premier match en Coupe du Monde de rugby. Mais la tâche s’annonce compliquée pour les Welwitschias. En proie à de violentes difficultés financières, ces dernières furent accompagnées de déboires sportifs. Relégués en division 1B suite à un forfait au championnat d’Afrique division 1A (la meilleure division en Afrique), la Namibie retrouva sa place en 1A en 2014. Juste à temps pour les qualifications des mondiaux. Ces dernières débutèrent bien mal pour les Namibiens suite à un revers contre le Kenya 22-29 puis un succès difficile à arracher contre le Zimbabwe 24-20 après avoir été menés 10-17 à la mi-temps. Les Welwitschias jouaient alors leur va-tout face à Madagascar. Devancée par le Zimbabwe dans la qualification, la Namibie sort un gros match face à Madagascar (victoire 89-10) et remporte in extremis son ticket pour l’Angleterre. Avec un groupe où 14 joueurs ont déjà goûté à la Coupe du Monde, la Namibie compte avec ce mélange d’expérience et de jeunesse (26 ans de moyenne d’âge) atteindre son objectif qui a été énoncé ci-dessus. Pourtant les résultats peuvent nous laisser quelque peu sceptiques. Malgré leur victoire en Coupe d’Afrique, les Namibiens ont enchaîné début juin trois déconvenues contre l’Espagne, l’Argentine A et la Roumanie ; sur le plan comptable, seize points marqués dont un seul essai pour 96 points encaissés. Ajoutez à cela le départ de l’entraîneur Danie Vermeulen et ce sans justification à trois mois de l’échéance. Depuis c’est le Gallois Phil Davies qui a repris les rênes de l’équipe de Namibie. Il a par ailleurs ammené son équipe à deux succès consécutifs contre la Russie 39-19 et 45-5, le tout en encaissant que quatre essais contre 10 essais en faveur des Welwitchias, de quoi mettre du baume au cœur des Namibiens. Ces derniers qui sont donc à la conquête de leur première victoire en Coupe du Monde pourront s’appuyer sur leur capitaine Jacques Burger qui a déjà disputé deux mondiaux. Le jeu au pied du demi d’ouverture Kotzè pourrait également être un facteur important pour aller décrocher un premier succès. Mais ce sera dur puisque les Namibiens sont dans le groupe de la Nouvelle-Zélande, l’Argentine, les Tonga et la Géorgie, qui semble être l’adversaire le plus prenable de ce groupe pour les hommes de Davies.

Japon : le regard fixé vers 2019

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Le japon organisera la coupe du monde en 2019.

Le Japon fera office de fer de lance de l’Asie en Angleterre. Les Nippons par ailleurs organisateurs de la compétition dans quatre ans, viennent en terre anglaise pour se tester. Pour sa huitième participation au tournoi, le pays du soleil levant compte ne pas faire de la figuration. Souvent cantonné aux places d’honneur (la meilleure performance est une troisième place de poule en 1991 en Angleterre), l’objectif est clair net et précis : aller en quarts de finale et devenir l’équipe surprise du tournoi pour partir la tête haute dixit Eddie Jones le sélectionneur japonais. Aux grands maux les grands remèdes, la sélection japonaise connue pour être composée de joueurs d’origine étrangère a décidé de « s’armer en conséquence ». En faisant là encore un mélange entre expérience et jeunesse les Japonais comptent sur Luke Thompson. James Arlidge ou encore le capitaine Michael Leitch seront des armes redoutables pour les braves blossons. L’arrière Ayumu Goromaru et ses 505 points pourrait permettre au Japon de briller lors de cette Coupe du Monde. Malgré une nette domination sur le continent asiatique, les Japonais ont dû élever leur niveau de jeu avec des victoires contre des nations du Pacifique et surtout une victoire contre l’Italie en 2014 ou encore le Pays de Galle en 2013 qui avait remporté deux fois d’affilée le tournoi des 6 nations. Pourtant les braves blossons se sont branchés sur courant alternatif depuis le début de la saison en s’inclinant d’une courte tête face aux Maori All Blacks 18-20, puis les Nippons s’imposèrent nettement face au Canada avant de s’incliner contre les îles Fidji. Récemment à l’occasion de leur préparation les Nippons ont donné la leçon à l’Uruguay en mystifiant les Sud-Américains 30-8 puis 40-0 avec un Goromaru impérial, 30 points marqués dont un essai. De bon augure pour les Japonais ? Dans un groupe où ils défieront d’entrée de jeu l’Afrique du Sud prétendante au titre, puis l’Ecosse, les Samoa enfin les Etats-Unis, les braves blossons pourront-ils tenir leur objectif face à une telle concurrence ? Premier élément de réponse le 19 septembre prochain à Brighton.

Fidji, Samoa et Tonga : les guerriers du Pacifique

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Dans le groupe de la mort, les Fidji tenteront de produire leur plus beau rugby.

Dans l’ombre des Australiens et des All Blacks, Tongriens, Fidjiens et Samoans sont présents à la grande messe du rugby mondial depuis plusieurs éditions déjà. Et certaines campagnes furent brillantes notamment pour les Fidji en 2007 où les Flying Fijian obtenaient une place en quarts de finale en éliminant le Pays de Galle. Les îles Samoa ne sont pas en reste puisque puisque l’équipe de cet état de 2 944 km² s’est hissée en quarts de finale en 1991 où elle battait le Pays de Galle et accrochait l’Australie qui était devenue championne du monde cette année-là. Les îles Tonga, elles, n’ont connu que les phases de poule en six participations mais ont réalisé de véritables exploits en accrochant en 2007 l’Afrique du Sud (qui a terminé championne du monde cette même année). Ou encore en 2011 les hommes en rouge battaient l’équipe de France en phase de poule. Pour ceux qui ont oublié ce 1er octobre piqûre de rappel en vidéo.

Alors cette année les joueurs de ces petites îles du Pacifique pourront-ils se hisser dans les huit meilleures équipes du monde ? Cela sera très compliqué, du moins pour les Fidjiens, privés de l’ailier de l’ASM Clermont Napolioni Nallaga ; de surcroit l’entraîneur Fidjien a décidé de se passer des services de l’ailier de Montpellier Timoci Nagusa et de Seremaia Bai nommés comme réservistes. Tombés dans le groupe de la mort avec l’Australie, l’Angleterre et le Pays de Galle, John Mckee pense que ses joueurs produiront leur meilleur jeu lors de la Coupe du Monde. Il espère également que ses protégés relèveront le défi de taille qui s’offre à eux. Du côté des Tongiens, on a misé sur l’expérience en alignant 14 joueurs qui ont disputé la Coupe du Monde 2011, dont son capitaine Nili Latu qui disputera son troisième mondial. Placés dans le groupe C avec la Nouvelle-Zélande, l’Argentine, la Géorgie et la Namibie, la troisième place du groupe est dans les cordes des Tongiens qui ont pour objectif d’aller créer une nouvelle fois une surprise. Quant aux Samoa, l’équipe n’a pas été épargnée par les blessures durant sa préparation. Le Manu Samoa ne donne pas d’objectif mais l’équipe porte les espoirs d’un pays. Les Samoans ont atterri dans le groupe B avec l’Afrique du Sud, l’Ecosse, le Japon et les Etats-Unis.

Roumanie et Géorgie : Dans l’ombre des six nations

Dimitri-Basilaia

La Géorgie sera dans le groupe des All Blacks, champions du monde en titre.

Si chaque année le tournoi des six nations déchaîne les passions des aficionados de rugby en Europe, son petit frère le championnat européen organise à la même période ses rencontres. Et dans ce tournoi on retrouve deux équipes habituées à prendre part à la Coupe du Monde de rugby : la Géorgie et la Roumanie. Les Roumains qui n’ont jamais passé les matchs de poule ont affiché un objectif clair : « marquer l’histoire du rugby roumain en remportant deux matchs dans la Coupe du Monde ». Alors cet objectif est-il réalisable pour le XV du chêne ? Bien que compliqué ce but n’est pas inaccessible pour les Roumains, sortis d’une période sombre longue de 20 ans. Arrivé en 2013 après plusieurs déconfitures (quatre défaites lors du championnat européen des nations 2010-2012 contre la Géorgie, l’Espagne et le Portugal, conjuguées à deux défaites lors de la tournée automnale de 2012), le Gallois Lynn Howells reprend une équipe en proie au doute et les résultats sont notables avec des victoires contre les îles Tonga et le Canada. Tombés dans le groupe D, l’Irlande et la France semblent hors de portée pour le XV du chêne, l’Italie (qui a connu une préparation compliquée, ponctuée d’une grève au début de cette phase) régulièrement accrochée par les Roumains, et le Canada semblent plus abordables pour le XV du chêne qui pourra compter sur Catalin Fercu et l’expérience accumulée par plusieurs joueurs présents dans des clubs du Top 14 ou de l’aviva permiership. En revanche pour les Géorgiens qui prendront part à leur quatrième Coupe du Monde, la tâche s’annonce beaucoup moins aisée. Placés dans le groupe de la Nouvelle-Zélande et de l’Argentine, les Lelos ont fixé leur objectif à l’instar de la Roumanie : gagner deux matchs de poule. Un objectif là encore accessible, car deux équipes (Tonga et Namibie) sont à la portée des joueurs du Caucase. L’effectif géorgien est là encore un mélange d’expérience et de jeunesse. Certains joueurs vont connaître leur quatrième mondial, un avantage indéniable puisqu’après tout l’expérience est mère de science. Les Lelos pourront s’appuyer sur l’expérience de Zirakashvili ou encore de son capitaine Mamouka Gorgodze pour espérer briller sur les terres de William Webb Ellis.

Etats-Unis et Canada : la prime à la jeunesse

Le Canada s’appuiera sur la jeunesse de son effectif

Dans ces pays où le football américain, la NBA ou encore la NHL déchaînent les passions, le rugby n’est pas le sport le plus en vogue. Peu pratiqué (environ 81 000 licenciés aux Etats-Unis pour 318,9 millions d’habitants) les Nord-Américains peinent à se faire une place dans le monde du rugby et ce malgré huit participations à la Coupe du Monde pour le Canada, sept pour les Etats-Unis. Et cette année briller au Mondial sera compliqué pour les Eagles et les Canucks. Du côté américain on a préféré miser sur la jeunesse : en effet treize joueurs (soit 41% de l’effectif) vont connaître leur première Coupe : « en terme d’expérience en Coupe du Monde, c’est un groupe relativement inexpérimenté » admet l’entraîneur des Eagles sur le site usarugby.org. Cependant Mike Tolkin pourra s’appuyer sur l’expérience de ses cadres comme le capitaine Chris Whyles qui disputera sa troisième compétition internationale. Il faudra également surveiller Samu Manoa l’un des joueurs professionnels de l’équipe américaine, qui fera parler sa vitesse et sa puissance. Du côté canadien on a également misé sur la jeunesse. En sélectionnant 18 joueurs sans expérience en Coupe du Monde, Kerian Crowley fait un choix risqué d’autant plus que la poule compte deux nations d’importance mondiale. Mais Crowley a assuré ses arrières en sélectionnant Jamie Cudmore. L’avant de l’ASM Clermont auvergne disputera sa quatrième du Coupe du Monde de rugby en Angleterre. Il sera donc l’homme fort des Canucks, fort de ses expériences. Il est également un plaqueur hors-pair ce qui fera de lui l’un des rouages essentiels de cette équipe canadienne.

Ils sont nombreux, ils ont des ambitions différentes, ils ont des capacités différentes. Mais ce sont des équipes qui à chaque fois font preuve de courage et ne se dérobent jamais. Ces petits pays sont capables de nous offrir les meilleurs exploits de cette Coupe du Monde de rugby. En espérant que ces pays nous offrent un beau spectacle en Angleterre, on ne peut qu’espérer une seule chose, que la compétition commence.

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