A la veille de l’acte IV des manifestations des Gilets jaunes, le gouvernement est fragilisé.

Le week-end sera décisif pour l’exécutif. La journée de mobilisation de demain fait craindre une explosion de violence et la réaction du gouvernement sera scrutée. En coulisse, les langues se délient. « Edouard Philippe est dans une situation compliquée », reconnaît avec euphémisme un député de la majorité. L’abandon de l’augmentation des taxes sur le carburant prévue au 1er janvier ne convainc pas les manifestants. Des voix s’élèvent pour critiquer « l’inflexion » du locataire de Matignon. « Il a préféré se la jouer solo », juge un député LREM. Mercredi soir, mécontent des annonces en demi-teintes de son Premier ministre, Emmanuel Macron a tenu à préciser lui-même que les taxes « ne reviendront pas en 2019 ». Contrairement à la « suspension » annoncée dans par Matignon. « C’est une erreur de communication qui nous fragilise un peu plus », confie un député. « On ne pouvait pas tanguer dans un moment comme ça ». La gestion de la crise par l’exécutif inquiète les députés.

La réunion de groupe de mardi, dans laquelle Edouard Philippe a présenté la suspension de la taxe carbone, a été qualifiée de « tendue ». « Il a vu des gens qui revenaient de leur circonscription révoltés », indique un député breton. Les parlementaires ont reproché au chef du gouvernement de ne pas avoir pris en compte leurs alertes. « Dès l’été on avait fait suivre à l’exécutif une note. Il y avait un risque avec cette taxe sur les carburants. Ils étaient prévenus », ajoute-t-il.

« Mort politiquement »

Au fil de la semaine, l’idée d’utiliser Edouard Philippe comme fusible institutionnel et de provoquer un tournant politique dans le quinquennat fait son chemin. « Historiquement, le Premier ministre est celui qui doit assumer la responsabilité de l’impopularité de l’exécutif », décrypte Jean Garrigues, spécialiste de la Ve République. Avant lui, son mentor Alain Juppé avait été forcé de démissionner face aux révoltes sociales en 1997. En 2013, en plein conflit avec les « Bonnets rouges » qui réclamaient l’abandon de l’éco-taxe, François Hollande s’était séparé de Jean-Marc Ayrault. « Le temps du Premier ministre est compté, estime un député de l’aile gauche de la majorité. Il est mort politiquement ».

Le déroulement de la mobilisation de demain déterminera la survie ou non du gouvernement. « Nous avons acté que ce sera très chaud », s’inquiète un député LREM parisien. Dans l’exécutif, on craint de nouvelles images de chaos envers les institutions. Les députés ont même reçu pour instruction de « ne pas rester à l’Assemblée nationale samedi » par peur d’attaques personnelles. « Si on sort de ce week-end avec un mort, Edouard Philippe sera condamné », juge un parlementaire soucieux de la tournure des événements. Pas certain qu’un éventuel départ d’Edouard Philippe soit la réponse attendue par les manifestants.

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