Le lion Cecil, véritable emblème du Zimbabwe de par sa crinière noire, a été retrouvé mort, dépecé et décapité. Alors que le coupable est toujours en fuite, la colère monte dans ce pays d’Afrique où la cruauté de l’acte est mal digérée.

« Le Lion est mort ce soir » chantait Henri Salvador d’après la chanson populaire africaine du même nom. Ce refrain, les Zimbabwéens ne doivent plus trop l’aimer ces derniers jours. Cecil, une des fiertés et un des symboles du Zimbabwe s’est éteint au début du mois. Qu’avait-il de si particulier ? Sûrement sa crinière noire.

Cette crinière attirait à elle seule des touristes du monde entier, qui venaient au Zimbabwe pour le rencontrer au détour d’un safari. Un des monuments de ce pays du Sud de l’Afrique, frontalier de cinq pays dont l’Afrique du Sud. Ce pays est dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe, au pouvoir depuis 27 ans. Un président qui se revendique d’ailleurs raciste anti-blanc. Le Zimbabwe est également connu pour son hyperinflation et depuis 2009, le pays n’a plus de monnaie officielle et les transactions se font principalement en rands sud-africains ou en dollars américains. En effet, certains billets représentaient 100 milliards de dollars zimbabwéens !

©Christopher Scott/Alamy

©Christopher Scott/Alamy

Revenons à la triste destinée de Cecil le lion. Car celui-ci n’est pas mort naturellement. Il a été mené en dehors de la réserve naturelle de Hwange par l’appât d’une carcasse puis a été pourchassé 40 heures durant par des braconniers. Il s’est ensuite écroulé de fatigue et a été tué à bout portant. Puis, il a été dépecé et décapité par les malfrats. Parmi ceux-ci, un étranger, selon des sources officieuses de l’enquête, un Espagnol. Celui-ci aurait offert près de 50 000 euros (soit 275 fois le PIB par habitant du pays) à un guide de la ZPHGA, chargée de la protection de la réserve, pour obtenir un permis de chasse.

La violence et la cruauté des actes infligés à l’animal ainsi que l’atteinte au symbole que représentait ce lion ont ulcéré les Zimbabwéens qui cherchent un coupable. Le guide a été retrouvé et immédiatement destitué par la ZPHGA (communiqué ci-dessous), critiquée car elle était censée éviter ces actes. L’association n’a reconnu qu’à moitié ses tords dans cette histoire. Pourtant, le mal est fait. Les policiers chargés de l’enquête font le tour de tous les dépeceurs de la région pour essayer de retrouver la trace de ce lion, et par conséquent celle du suspect, activement recherché.


Le communiqué de la ZPHGA

©ZPHGA/Facebook

©ZPHGA/Facebook

Soit en français :

La ZPHGA [le Zimbabwe Professional Hunters and Guides Association, association zimbabwéenne des chasseurs professionnels et des guides] voudrait faire la déclaration suivante, au sujet de l’enquête en cours sur la chasse à l’extérieur du Hwange qui a causé la mort de Cecil le Lion. Actuellement, le Zimbabwe Parks Wildlife Management Authority mène une enquête sur les aspects juridiques de la chasse qui a eu lieu puisqu’elle est l’autorité appropriée pour la faire. Par conséquent, nous ne pouvons pas et ne ferons aucun commentaire sur l’aspect juridique, tant que l’enquête est en cours. La ZPHGA travaille en collaboration avec la ZPWMA et l’Association des Opérateurs Safari du Zimbabwe (SOAZ). La ZPHGA confirme que le chasseur professionnel chargé du Safari [le guide qui a rendu le permis de chasse] est membre de la ZPHGA. C’est pourquoi la ZPHGA peut rendre une décision sur l’aspect éthique et son appartenance à l’association à l’époque. L’enquête au sein de la ZPHGA conclut que, dans ce qui concerne la responsabilité de ses membres, le chasseur professionnel était en violation de l’éthique de la ZPHGA. La ZPHGA suspend de façon indéfinie l’adhésion de ce chasseur, avec effet immédiat. Le chasseur professionnel et la compagnie pour qui il travaille ont été coopératifs dans le cadre de l’enquête. La ZPHGA répète qu’elle ne tolère pas une chasse illégale ou toute pratique contraire à l’éthique par l’un de ses membres et leur personnel. La ZPHGA attend l’achèvement de l’enquête en cours par la ZPWMA avant de commenter davantage. Nous demandons à tous les membres de la ZPHGA, ainsi qu’au grand public, de respecter l’enquête en cours par l’autorité compétente qu’est la ZPWMA.


On retrouve beaucoup de trophées de chasse et notamment les têtes d’animaux sauvages en Espagne, pays auquel appartiendrait le braconnier. Les autorités espagnoles ont indiqué faire tout leur possible en accroissant leur vigilance sur les peaux et les têtes de lions en provenance de l’étranger. Le Zimbabwe perd donc ici un de ses arguments touristiques les plus précieux, ce que regrette auprès de la BBC le directeur de la mission de conservation animale du Zimbabwe, Johnny Rodrigues. Ce dernier est aussi révolté quant à la manière dont Cecil a été exécuté : « C’est la manière la plus silencieuse de chasser et c’est la techniciens employée quand il s’agit de chasse illégale ».

Le Zimbabwe n’a pas perdu seulement un des quelques milliers de lions sauvages qu’il compte encore sur son territoire. Il en a aussi vraisemblablement perdu huit autres, les lionceaux de Cecil qui, dépourvus de la protection de leur père, devraient être tués par d’autres lions mâles. D’autant que le chef d’État de ce pays ne montre pas l’exemple, ayant offert lors d’un buffet il y a peu du lion à ses invités… Ce 28 juillet matin, le mot Zimbabwe faisait partie des Trendings Topics de Twitter, soit les dix sujets les plus discutés sur le réseau social. Pas sûr que cela suffise pour que l’extinction de masse des lions sauvages ne s’arrête.

Info du 29 juillet 2015. Il s’avère que le tueur de ce félin est Walter Palmer, un Américain du Minessotta. Activement recherché par les autorités, la divulgation de son nom, de sa photo et de sa profession (dentiste) devraient aider à le localiser. La polémique est du même coup arrivée aux États-Unis où le présentateur d’un talk-show sur ABC Jimmy Kimmel a réalisé un éditorial émouvant sur le sujet.

La version en français.

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