De la polémique d’Amnesty International des dernières semaines à la loi sur la pénalisation des clients, la prostitution ne cesse de faire parler d’elle. Et pourtant l’industrie du sexe cache beaucoup de secrets et de mystères nous laissant bien trop souvent dans l’erreur à son sujet.

 

Parce que se prostituer est très rarement un choix…

Nous avons souvent tendance à croire que la prostitution est la volonté d’une femme qui cherche à nourrir son appétit sexuel débordant. On s’imagine naïvement qu’un beau jour, elle se réveille désireuse de faire les rues dans le but de rencontrer un bel inconnu duquel elle tomberait follement amoureuse. Seulement la réalité est bien autre…

Car l’abus mène souvent à la rue…

Selon de nombreuses études, entre 76 et 90% des femmes et des hommes prostitués ont des antécédents d’agressions sexuelles pendant leur enfance, le plus souvent de nature incestueuse. Alors vous me direz : « comment un abus sexuel mène-t-il à un désir de se prostituer ? » Il est intéressant de se rendre compte que pour une personne sexuellement abusée, se prostituer est bien plus qu’un simple acte, c’est une façon pour elle de reprendre le dessus psychologiquement sur un acte forcé où on ne lui avait pas laissé le choix.

Car le contexte économique est une caractéristique…

Il est important de contextualiser également la situation économique dans laquelle une personne prostituée se trouve.

Une étude menée par Prostitution Research & Education en 2012 estime que 85% à 95% des personnes dans la prostitution désirent s’en échapper, mais n’ont aucune autre option pour survivre.

En Roumanie, par exemple, où le salaire minimum est de 150€ mensuel, il est très difficile pour une jeune fille seule de parvenir à s’en sortir financièrement ceci dû au coût de la vie qui ne cesse d’augmenter. Par ailleurs, en Thaïlande où l’université Chulalongkorn estime à 800 000 le nombre de mineurs impliqués dans l’industrie du sexe, la tradition veut que le premier devoir d’une fille soit d’entretenir sa famille par tous les moyens possibles. Dans ce pays où une importante partie de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, le remboursement des dettes familiales obligent alors de nombreuses filles à se prostituer.

Parce que la prostitution n’est pas un métier comme un autre…

Durant mes nombreux débats, avec mes amis ou sur les réseaux, je me suis rendu compte que pour beaucoup, la prostitution est un métier absolument normal : « Louer ses bras à l’usine ou son vagin à un homme, quelle différence ? »

Car la violence est trop souvent gardée au silence…

Une étude internationale menée auprès de 475 personnes prostituées dans 5 pays différents établit que 81% d’entre elles ont été menacées, 73% ont été physiquement agressées et 68% ont été attaquées avec une arme. En Angleterre, 87 % des personnes prostituées déclarent avoir été victimes de violence au cours des douze mois précédents. De plus, 62% ont affirmé avoir été violées depuis qu’elles font de la prostitution.

Le Mouvement du Nid et Pystel, dans la même lignée, soulignent que les prostituées sont six fois plus exposées au viol que la population générale et qu’elles risqueraient douze fois plus de se suicider.

Pour finir, une autre enquête internationale établit à 67% la proportion de prostituées présentant des symptômes liés au syndrome de stress post-traumatique. On considère d’ailleurs que ces symptômes des prostituées sont similaires à ceux des personnes victimes de torture ou encore de ceux des prisonniers politiques. Ce bilan alarmant vis-a-vis de la sécurité et de  la santé de ces travailleurs ne peuvent plus nous laisser dans l’indifférence générale.

Car toxicomanie et maladies sexuellement transmissibles restent prévisibles…

Selon des recherches, 75% des prostituées de rue à San Francisco déclarent avoir un problème de dépendance aux drogues. La toxicomanie et la prostitution chez les femmes constituent une double problématique fort complexe et préoccupante. Ces femmes sont davantage à risque d’être victimes de violence ainsi que d’être infectées par le VIH ou par une autre infection transmissible sexuellement et par le sang. En plus de cela, les prostituées féminines pour qui une prestation sexuelle ne dure rarement plus de 10 minutes, reçoivent entre 5 et 30 clients par jour. Or 50 % des rapports ne seraient pas protégés. On suppose donc qu’elles ont des probabilités beaucoup plus élevées d’exposition au VIH et autres maladies sexuellement transmissibles que la grande majorité. A New York, par exemple, 40 à 50 % d’entre elles seraient positives au VIH.

Parce que la dépénaliser n’est pas forcément une solution…

Très souvent je vois et j’entends des personnes dirent qu’il faudrait enfermer les prostituées dans des maisons closes, « comme à la bonne vielle époque », histoire qu’elles ne « défigurent » plus nos belles rues françaises ou nos bois charmants, le soir venu. Seulement l’idée d’encadrer la prostitution en la dépénalisant sous prétexte de protéger les jeunes femmes prostituées, bien qu’elle pourrait paraître bonne au départ, s’avère en réalité ne pas l’être.

Car là où c’est le cas la situation n’est pas extra…

Aux Pays-Bas, l’exemple si fameux, où la prostitution a été légalisée en 2000, la situation est un désastre. Quinze ans plus tard, plutôt que de permettre une meilleure protection pour les femmes, cette loi a simplement  fait augmenter la demande et par conséquent le trafic.

Le célèbre quartier rouge ne compte pas moins de 250 bordels dans lesquels 80 % des personnes prostituées sont d’origine étrangère et 70 % d’entre elles sont dépourvues de papiers, ayant été victimes de la traite.

Une grande partie du quartier a d’ailleurs été fermée récemment pour crime organisé, trafic de drogue et trafic de femmes. Pour rebondir sur cette idée de protéger en légalisant, je tente une analogie. Nous sommes contre l’esclavage, il est aboli mais pourtant il perdure. Nous voulons défendre les droits des personnes en état de servitude. Mais pour cela, il ne viendrait à l’idée de personne de sensée de réclamer la dépénalisation des coupables de l’asservissement sous prétexte de défendre au mieux la santé de l’esclave.

Et là où c’est pénalisé, l’espoir nous avons trouvé…

A contrario, en Suède, premier pays à avoir pénalisé le client mais non la prostituée en 1999, la prostitution de rue a été divisée par deux. A Stockholm, où, en 5 ans, elle a été réduite de deux tiers,  seulement  105 femmes seraient encore actives en prostitution alors que ce chiffre monte à plus de 5000 dans les capitales voisines. Ce succès sans précédent a d’ailleurs inspiré la Norvège et l’Islande à faire de même en 2009 ainsi que le Canada et l’Irlande du Nord plus récemment.

Pour conclure, Françoise Héritier disait :

« Dire que les femmes ont le droit de se vendre, c’est masquer que les hommes ont le droit de les acheter ».

Affranchissons le faible et évitons que la liberté opprime…

N’oublions pas, avant de les considérer comme des prostituées, que nous parlons d’êtres humains avant tout. Je crois personnellement que chacun de nous mérite de vivre selon le grand potentiel qui lui est donné et cela s’applique pour tous, prostituées y comprises.

Ne vous méprenez pas, mon but n’est pas de pénaliser les travailleurs du sexe mais de leur permettre de s’épanouir sans vivre dans une servitude permanente.

Je crois qu’une vraie relation sexuelle est une relation sexuelle animée par un désir mutuel et c’est pour cela que nous devons arrêter de placer les désirs singuliers au-dessus du bien collectif. Ne cédons pas à la fatalité, la détresse de l’un ne se soigne pas par l’exploitation de la détresse de l’autre alors affranchissons le faible et évitons que la liberté opprime.

Merci à Laetitia Dragan, fondatrice de l’association F.R.E.E. pour sa contribution dans mes recherches et à Grâce Parvû pour son illustration.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.