Dans son nouvel album Radio Afrika, le groupe de zouglou ivoirien Magic Systèm avait tenté le pari de rendre hommage à l’Afrique en réinterprétant ses plus grandes chansons. De Demoiselle Africa à Asimbonanga, en 12 titres, le quatuor a réussi son objectif. Critique de ce 8ème album du groupe, sorti dans les bacs ce lundi 29 juin.

C’est par une chanson lente que commence le nouvel album du groupe Magic Systèm. Demoiselle Africa est le nom de ce premier morceau qui présente le continent comme au début de son histoire, jeune et dynamique. Quand Africainement vôtre – le précédent album du quatuor – débutait par les notes joyeuses de M’ninda, celui-ci au nom de Radio Afrika s’écarte du style habituel des Abidjanais pour rendre hommage à la musique africaine. Salif Keita, Franco Luambo Makiadi, Alpha Blondy, Papa Wemba, Ismaël Lo, Johnny Clegg… Les plus grands noms de la musique africaine sont présents sur cet album de 12 titres. 42 minutes de voyage à travers les différents genres musicaux africains, de la rumba congolaise à la world-music, de l’émotion sud-africaine au zouglou ivoirien. Malheureusement, on retrouve toujours ce penchant du groupe à réaliser des chansons commerciales auxquelles la critique et une partie du public les a cantonnés. Dans ce nouvel album, ce sont Sweet Fanta Diallo et Enjaillés qui ont ce rôle. Promouvoir l’album à travers un ou deux morceaux phares, c’est la stratégie du groupe depuis plus d’une décennie. Et ça a marché jusque-là. Cet été, Sweet Fanta Diallo n’a pas trouvé son public. Alors le groupe a envoyé Enjaillés, une reprise du mythique Madan de Salif Keïta afin d’assurer ses arrières.

Un album reposant, qui montre l’Afrique dans sa diversité

Magic Systèm dans les rues d'Abidjan

©Tous Droits Réservés

Mais dès la cinquième chanson, on rentre vraiment dans le cœur de l’album. Emma apaise son auditeur et le berce vers ce versant plutôt méconnu du groupe : son attachement à l’Afrique. Le groupe a déjà construit un orphelinat et une école en Côte d’Ivoire ; A’salfo, son leader, est ambassadeur de l’UNESCO ; la chanson Savoir d’Africainement Vôtre est là pour le prouver ; ils ont créé un festival, le FEMUA à Anoumambo. Ici, le groupe prend le temps de reprendre avec beaucoup d’émotion mais aussi de simplicité Sodade de la grande Cesaria Evora, en créole cap-verdien s’il vous plaît. Car oui, le groupe chante dans cet album dans d’autres langues que le français. Créole cap-verdien donc mais aussi zoulou et même lingala. Cette langue que l’auditeur ne comprend pas forcément participe à la magie de cet album, où l’enchaînement des chansons a été particulièrement travaillé. On ne croit entendre qu’une seule et même mélodie qui alterne les styles. On se laisse porter par les longs passages instrumentaux, on ne cherche plus à comprendre les messages pourtant très beaux véhiculés. Le message politique lui, n’est jamais loin, à l’image ici de Mangercratie. Ce message d’union nationale, le groupe n’a cessé de le porter durant sa carrière, comme auparavant dans Taper dos.

Ici, pas de dédicace, de « Magic Systèm » lancé à tout va… à part dans Sweet Fanta Diallo

Le magique Mario, devenu un classique pour tous les Congolais, qu’ils soient de « Kin » (RDC) ou de « Brazza » (Congo), depuis qu’il a été interprété par Franco Luambo Makiadi, porte l’album. Ce morceau, le préféré du groupe dans cet album, est aussi et surtout le plus réussi. Si le morceau original (près de 15 minutes) a été raccourci, il ne perd rien de sa puissance. Il marque aussi la fin de l’album, qui sera véritablement deux chansons plus tard. Dans cet album justement, le leader A’salfo marque une nouvelle fois son importance et son statut supérieur à ses partenaires. Cela pose parfois la question de savoir si Tino, Goudé et Manadja ne sont pas que des leurres. Mais on est rassuré par les refrains, où le quatuor chante toujours uni et surtout par Asimbonanga, interprété de façon magistrale en cœur. On est aussi satisfait de l’absence de dédicace, véritable tic souvent reproché au groupe. Ici, pas de « Magic Systèm » lancé à tout va, à part dans Sweet Fanta Diallo, ce qui prouve que l’album n’est toutefois pas parfait. Le groupe n’exclut pas l’idée de réaliser une suite à cet album. Ce serait peut-être une bonne idée mais ce serait aussi plus facile pour le groupe qui n’a eu ici à composer aucune chanson. Entre-temps, on devrait retrouver le groupe en tournée mais aussi à travers un nouvel album avec notamment la présence d’un guest, un certain Akon. Mais pour l’instant, l’heure est à écouter et réécouter ce nouvel album, qui tient toutes ses promesses et surprend.

Pochette du huitième album de Magic Systèm

Notre top 5 :

1. Mario
2. Demoiselle Africa
3. Asimbonanga
4. Emma
5. Soulard

Radio Afrika, Magic Systèm, 2015. 14€, disponible gratuitement sur les plateformes de streaming légales.

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