« Une expérience inoubliable ». Voilà comment Thibault résume ses trois semaines en tant que ramasseur de balles à Roland-Garros. Avec 250 autres jeunes de son âge, il a pu côtoyer, le temps des Internationaux de France, toute l’élite du tennis mondial. « Il y a beaucoup de joueurs qu’on admire, donc il faut être à la hauteur », explique le jeune de 15 ans. 

Si les joueurs professionnels s’affrontent dans les meilleures conditions, c’est grâce à l’aide des ramasseurs de balles toujours à l’affut. Ainsi, Nadal, Murray, Halep, Mahut… à chaque grand champion ses habitudes auxquels il faut vite s’adapter. « Nadal, il prend toujours deux serviettes et il faut rester avec lui quand on lui apporte », se souvient Thibault. Outre les serviettes, les joueurs ont aussi leurs manies avec les balles auxquels il faut s’habituer : « Il y a des joueurs qui ne prennent qu’une seule balle pour servir », confirme le jeune.

Pendant la durée du tournoi, les ramasseurs de balles sont chouchoutés par les équipes de Roland-Garros. Cadeaux, accès à la cantine Ramasseurs de ballesdu staff, gouter à toute heure…

Rien ne doit manquer pour ceux qui seront au service des joueurs durant le plus beau tournoi du monde. Et quand ils ne sont pas sur les terrains, lors de leurs « rotations » (les moments où les ramasseurs ne sont pas en actions, ndlr), ils ont carte blanche. « Soit on décide d’aller manger, ou bien on peut aller voir d’autres matchs », explique Thibault. Les jeunes ramasseurs peuvent également se réunir dans les vestiaires, leur quartier général. Là-bas, une console de jeux, des poufs et un baby-foot sont installés. « Il y a vraiment une super ambiance entre nous, ajoute le ramasseur. Tout le monde est heureux d’être là ».

 

Néanmoins, « être là » ne signifie pas pouvoir se la couler douce. Car en plus de devoir s’adapter aux habitudes des joueurs, pendant le tournoi, les ramasseurs de balles sont sans cesse observés, évalués et notés. Le groupe des coachs qui les accompagne juge quotidiennement leurs prestations. Sur le terrain, tout rentre en compte : la vitesse de réaction, l’adaptation aux joueurs, la vitesse des lancers de balles, la précision et le travail en équipe. « Cela nous oblige à être bons tous les jours », estime Thibault. Si le ramasseur est jugé bon, il évoluera le lendemain sur un meilleur terrain que la veille. Et ainsi de suite jusqu’à la finale.

Ainsi, Thibault a débuté le tournoi sur les courts annexes avant de monter jusqu’au court central, le Court Philippe Chatrier, et ramasser Raphaël Nadal. « C’était impressionnant forcement », sourit-il. 

Pour les plus chanceux, il arrive même que des joueurs décident d’entamer quelques échanges avec le ramasseur de balles. C’est ce qui est arrivé à Yannis qui a remplacé Sébastien Grosjean lors du tournoi des Légendes. Deux minutes de pur bonheur où il a pu affronter Alex Corretja et Juan Carlos Ferrero aux côtés de Michael Llodra, sous les yeux des 15 000 spectateurs. « J’étais tellement tétanisé que j’ai vraiment super mal joué », rougit Yannis.

Un processus hyper sélectif.

Au total, plus de 3500 jeunes licenciés de la Fédération Française de Tennis (FFT) s’étaient porté candidats pour devenir l’uns des « ballos » de Roland-Garros. Et faire partie des 250 sélectionnés, ça se mérite. Pour en être, le processus est long et très sélectif. Chaque année, les candidats sont évalués lors de deux phases de tests. La première a lieu sur une dizaine de sites en France et un sur Paris, au siège de la FFT. À travers huit exercices, ils sont évalués sur leurs capacités d’adresse, d’habilité aux lancers, aux roulers, et leurs capacités physiques. Ensuite, durant les vacances scolaires, un stage de cinq jours est organisé à Paris pour leur apprendre le système du ramassage. Ils ne sont alors plus que 400 pour 220 places. « J’ai été candidat deux fois avant d’être sélectionné », se souvient Thibault. Sur place, les jeunes retrouveront ensuite des homologues venus du monde entier. Avec eux, des Australiens et des Chinois, ayant déjà ramassé lors des autres tournois du Grand Chelem. 

À Roland, au terme des trois semaines de compétitions, les jeunes repartent avec des souvenirs pleins les yeux. La veille de la finale dame, les ramasseurs de balles se réunissent une dernière fois tous ensemble, à l’occasion d’une soirée de clôture. Cette année, les 250 jeunes repartiront avec une enceinte aux couleurs du tournoi, des balles frappées par leurs idoles, et une serviette de plage greffée Roland-Garros. « Au-delà des cadeaux, c’est une expérience inoubliable », conclut Thibault. S’il le souhaite, et que son profil retient l’attention des coachs, Thibault pourra peut-être retenter l’expérience l’année prochaine.

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