Envoyer une sonde aux limites de notre système solaire dans le but d’intercepter une comète de 3x5km sur une orbite elliptique comprise entre 180 et 850 millions de kilomètres autour du soleil, le tout en se basant sur des prévisions réalisées 10 ans en avance, cela peut paraître légèrement fou. Pourtant, la sonde Rosetta, mission spatiale de l’ESA (Agence Spatiale Européenne), l’a fait.

Avant de se pencher sur les récents événements, il faut bien comprendre que cette interception est un exploit. Le « simple » fait d’avoir mis en orbite une sonde autour d’une comète méconnue, en utilisant durant 10 ans la gravité des planètes et de notre étoile afin d’accumuler la vitesse suffisante pour atteindre son orbite ET d’avoir un rendez-vous (une interception) avec 67P Churyumov-Gerasimenko (la comète) est une pure réussite.

La mission était en travaux depuis 20 ans, la sonde et son lander sont équipés d’une technologie tout aussi âgée (technologie plus vieille mais plus fiable),  et depuis septembre 2014 la sonde était en orbite autour de la comète. Il faut bien comprendre que Rosetta est le « navire », le module équipé des propulseurs, de géants panneaux solaires et c’est elle qui peut communiquer avec la Terre. Cette sonde est parfaitement autonome. L’atterrisseur, Philae, est bien plus petit et n’a que comme unique but de se poser sur la comète. Il ne peut ni se diriger, ni se propulser et encore moins communiquer seul avec la Terre.

L’angoisse de la soirée du mercredi 12 novembre

Rosetta a dû envoyer Philae sur la comète, la sonde a réduit sa vitesse pour que la gravité de la comète l’attire, et a donc largué Philae avant de se remettre en orbite autour de la comète. Les problèmes sont alors arrivés pour l’atterrisseur, qui toucha le sol à la vitesse de 1m/s (3,6km/h), comme prévu. Sauf qu’il y a eu un dysfonctionnement du thruster, placé sur le toit (un « mini » moteur, utilisé dans l’espace le plus souvent pour des très petites manœuvres et pour faire tourner des vaisseaux sur eux même). Il avait comme objectif, lors de l’impact, de se mettre en action pour forcer la sonde à rester sur la surface et éviter un rebond, tout comme les harpons, sauf que ni l’un ni l’autre n’ont fonctionné !

De ce fait Philae a rebondi et est reparti en orbite durant 1 heure et 50 minutes (c’est pourquoi l’ESA ne communiquait rien le soir, ils ne savaient pas si la sonde avait survécu et si elle était restée dans l’orbite de la comète), puis un second rebond, de 7 minutes avant de se stabiliser au bout de la 3e fois. Heureusement Philae n’est pas endommagée et a bien atterri sur ses pieds, la pression retombe.

La mauvaise surprise ?

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Les rebonds de Philae

Tout est sauf alors ? Non.

La sonde est posée sur un zone qui n’était pas prévu, elle est en pente (30°), à l’ombre d’un relief et est mal accrochée. Ce manque d’exposition ne permet pas à la sonde de s’alimenter suffisamment en énergie (1h30 de soleil par jour contre 7h initialement prévues !).

De ce fait, lors d’actions demandeuses en ressources, comme un forage, la batterie se vide et Philae devient inopérante durant plusieurs heures, comme le révèle la perte de tout contact entre Rosetta et Philae.

La situation est donc compliquée avec une sonde placée sur un sol instable, en pente et sous exposé au soleil. De plus Rosetta ne survole le lander que pendant quelques minutes par jour, il faut donc que lors de son passage la sonde puisse communiquer.

 

Une mission pourtant exceptionnelle

Malgré tous ces problèmes, dus au manque de connaissances scientifiques sur les comètes, la mission reste une quasi totale réussite.

Rosetta a pu récupérer énormément de données lors de ces survols de la comète –  de la poussière à  l’analyse des spectres d’émission – mais Philae va encore plus loin car malgré sa situation délicate, cette robuste sonde a réussi a creuser dans la comète et a récupérer la composition de celle-ci, ainsi que l’usage d’une dizaine d’autres instruments qui permettent une avancé capitale qui pourrait à terme nous fixer sur l’origine de l’eau et de la vie sur notre Terre : elle pourrait provenir d’une comète. De plus c’est un formidable voyage dans le temps (une comète qui voyage depuis des milliards d’années est tout bonnement un vestige du passé, intact).

Les connaissances humaines sur les comètes viennent donc de prendre une nouvelle dimension, qui vont nécessiter des années d’analyse des données et peuvent véritablement remettre en question notre savoir.

La mission Rosetta est un succès européen, qui aura fait grand bruit durant quelques jours dans les médias, mais qui va rester un sujet de discussions très courant dans les années à venir chez les scientifiques, qui pour la première fois de notre existence ont l’opportunité d’analyser avec un nombre d’instruments sans précédant une comète, et de percer, peut être, certains des secrets de la vie et de l’espace.

Salut 67P Churyumov-Gerasimenko, charmant nom !

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