Jeudi dernier avaient lieu les élections britanniques. Le « vote day » comme on l’appelle là-bas réunissait plus de 45 millions de votants pour une victoire finale du premier ministre sortant David Cameron. Le Plus revient sur cet événement.

Tous les cinq ans, le premier jeudi du mois, les 650 membres de la Chambre commune sont renouvelés. Depuis 2010, David Cameron est le premier ministre anglais avec 306 sièges, épaulé par Nick Clegg (57 sièges) après leur coalition ayant suivi les élections précédentes.

Composé d’élus écossais, anglais, irlandais (du Nord) et gallois, le Parlement tombait aux mains des Britanniques et de leur vote le temps d’une journée.

Un système parlementaire qui diffère

Au Royaume-Uni, pendant les élections, il faut savoir que l’on vote pour un candidat et non un parti. Si un candidat est en tête dans l’une des 650 circonscriptions, il y est élu. Les Anglais votent pour 533 sièges, les Gallois pour 40, les Irlandais pour 18 et les Écossais pour 59.

En plus de la Chambre commune où les 650 députés sont élus, le système bicamérale anglais fait qu’une autre chambre existe, celle des Lords. Dans celle-ci, 760 Lords sont nommés par la Reine et siègent à vie.

Mais il n’y a pas que le système parlementaire qui change de celui de la France, celui de vote aussi. En effet, chaque député est élu par un système de vote que l’on surnomme « First Past The Post » (autrement dit un seul tour au suffrage universel direct). Chaque votant avait à sa disposition une feuille avec tous les noms des candidats, il cochait ainsi celui de son choix.

Des sondages trompeurs

Quelques semaines avant l’élection, plusieurs journaux et instituts de sondages donnaient les conservateurs vainqueurs avec 34% des voix (soit 273 sièges) juste devant les travaillistes avec 33% (269 sièges). Ensuite, le SNP, le parti des indépendantistes écossais avec une cinquantaine de sièges. Lorsque aucun parti n’a la majorité, une coalition est formée.

Selon les sondages, le parti de David Cameron (conservateur) devait former une coalition avec l’UKIP de Nigel Farage, partisan de l’indépendance du Royaume-Uni et de la sortie de l’Union européenne. Tandis que le SNP de Nicola Sturgeon se rapprochait plus des travaillistes d’Ed Miliband.

Surprise absolue, majorité absolue

Les sondages avaient raison sur une chose, le nom du vainqueur mais en aucun cas sur les pourcentages. Après plusieurs heures de dépouillage, les conservateurs étaient donnés comme vainqueurs mais avec 331 sièges, soit la majorité absolue. Le parti travailliste que l’on pensait détenteur d’environ 269 sièges n’en possède finalement que 232 soit une perte de 26 sièges par rapport aux élections de 2010. Le parti libéral de Nick Clegg passe de 57 sièges à 8. L’UKIP ne possède qu’un siège. Enfin, au Pays de Galles, Plaid Cymru conserve tous ses sièges et en Irlande du Nord, Sinn Fein perd l’un de ses 5 sièges au profit des unionistes.

Le SNP au rendez-vous

C’est le parti qui a triomphé derrière les conservateurs et les travaillistes ; en effet le SNP remporte 56 sièges soit un gain de 50 par rapport aux élections précédentes. Une victoire dont la chef du parti Nicola Sturgeon n’y est pas pour rien. Brillante dans les débats télévisés, elle a tout de même été qualifiée de femme « la plus dangereuse du monde » par le journaliste britannique Piers Morgan. Ce dernier n’a pas hesité dans un de ses articles à la qualifier de « mini-godzilla ». Pour lui, elle est dangereuse car elle veut briser le Royaume-Uni, supprimer leur force de dissuasion nucléaire et envoyer balader la Maison Blanche la prochaine fois que celle-ci demandera de l’aide. Désormais, elle est à la tête du troisième parti au Parlement, un parti qui a également obtenu une victoire symbolique avec l’élection de Mhairi Black, une étudiante de 20 ans, qui devient ainsi la plus jeune députée de Westminster, le Parlement britannique, depuis 1667.

« Cette petite femme à l’esprit vif a saccagé la campagne électorale au Royaume-Uni comme un mini-godzilla, crachant le feu et le souffre d’une manière si passionnée que même William Wallace (ndlr : héros guerrier écossais du film Braveheart de Mel Gibson) aurait eu du mal à l’imiter. »

Nicolas Sturgeon, chef du Parti national écossais (SNP).

Nicolas Sturgeon, chef du Parti national écossais (SNP).

Plusieurs échéances pour Cameron

Désormais élu pour un deuxième mandat de suite, David Cameron a fait la visite du 10 Downing Street après avoir rendu visite à la Reine. Il a présenté son gouvernement composé en grande partie d’anciens. Ainsi, George Osborne conserve le portefeuille des Finances, Theresa May reste à l’Interieur, Phillip Hammond aux Affaires étrangères et Michael Fallon à la Défense. En attendant que les autres membres soit nommés, Cameron s’est engagé à gouverner pour «rassembler le pays, une nation, notre Royaume-Uni» et a confirmé la rapide décentralisation de compétences supplémentaires en Écosse et au Pays de Galles. Il a promis de «rééquilibrer l’économie du pays» entre le sud riche et le nord défavorisé. La victoire du SNP en Écosse sera aussi l’un de ses objectifs en plus du référendum pour la sortie de l’Union européenne qui devrait arriver fin 2017.

Miliband / Farage, le duo des perdants

Ed Miliband, chef du parti travailliste, un des grands perdants de l’élection.

Ed Miliband, chef du parti travailliste, un des grands perdants de l’élection.

Les dirigeants du parti des travailleurs et de l’UKIP ont tous les deux annoncé leur démission. Ed Miliband assume l’« entière responsabilité de la défaite » après la perte de 26 sièges et un résultat très décevant par rapport à ce qu’avaient annoncé les sondages. De son coté, Nigel Farage a effectué une « demi-démission » si l’on peut appeler cela comme ça, puisqu’il a annoncé juste après qu’il n’exclurait pas un retour en septembre prochain aux élections pour la présidence de l’UKIP. Pour l’heure, Douglas Carswell est le seul élu du parti souverainiste.

Ils ne sont pas les seuls perdants, les sondages aussi le sont. Prétendant les conservateurs et travaillistes au coude à coude et excluant toute majorité absolue au Parlement, les instituts ont lancé une commission d’enquête indépendante pour identifier les raisons de ce ratage monumental et en tirer les leçons. Celui-ci serait pour l’instant expliqué par plusieurs personnes qui n’auraient pas déclaré leur intention de vote dans les enquêtes d’opinion.

Si David Cameron a été élu, c’est bel et bien finalement sur le SNP que tous les regards sont tournés. En effet, la puissance des suffrages écossais pourrait bien déterminer le résultat des prochaines élections générales. Ce qui est clair, c’est que la question de l’Écosse ne sera pas réglée ce mois-ci. Ces élections ne sont qu’un échauffement en quelque sorte et le combat de David Cameron ne fait que commencer. Un combat pendant lequel la soif d’indépendance des Écossais pourrait resurgir car comme l’a si bien dit Alex Salmond, ancien leader du SNP, élu à Westminster : «Le lion écossais a rugi à travers le pays». Pour l’heure, David Cameron devrait prochainement se rendre à Paris pour discuter de ses revendications sur l’Europe avec François Hollande après l’invitation de ce dernier.

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